Le Grand Gel de 1956

L’hiver qui bouleversa les oliveraies de Provence

L’olivier fait partie du paysage provençal depuis des siècles. Présent autour des villages, dans les campagnes et sur les restanques, il est devenu au fil du temps bien plus qu’un arbre cultivé : un véritable symbole de la Provence et de son histoire.

Mais durant l’hiver 1956, cet arbre pourtant réputé robuste allait être confronté à l’un des épisodes climatiques les plus violents du XXᵉ siècle en France.

Quelques jours suffirent pour bouleverser profondément les oliveraies provençales.

Avant le gel : l’olivier au cœur de la Provence

La culture de l’olivier en Provence remonte à l’Antiquité et s’est progressivement installée comme l’une des cultures emblématiques du territoire méditerranéen français. Dans la région d’Aix-en-Provence notamment, les oliveraies occupaient depuis longtemps une place importante aux côtés de la vigne et du blé.

Au début du XXᵉ siècle, malgré une oléiculture déjà fragilisée par les évolutions économiques et agricoles, des milliers d’hectares étaient encore couverts d’oliviers.

Puis vint février 1956.

Une chute brutale des températures

Ce qui rend l'épisode de 1956 si particulier n'est pas seulement le froid atteint, mais surtout sa brutalité et sa durée.

La fin du mois de janvier avait été relativement douce. France Olive rappelle par exemple qu'à Perpignan, la température atteignait encore +12 °C le 31 janvier, avant de tomber à -8 °C dès le lendemain.

En quelques heures, une masse d'air glacial venue de l'est s'installe sur la France.

Météo-France considère aujourd'hui février 1956 comme le mois de février le plus froid enregistré en France depuis le début des relevés nationaux en 1900. L'air glacial restera installé sur le pays pendant environ trois semaines.

En Provence, la situation devient exceptionnelle.

Le 2 février 1956, la température maximale ne dépasse pas environ -10 °C à Orange et -8 °C à Marseille-Marignane. Dans le même temps, le mistral souffle avec des rafales atteignant localement 100 à 160 km/h.

Neige, vent et températures extrêmement basses s'installent durablement dans le Sud.

Ce n'est plus une simple nuit de gel.

C'est un véritable hiver glacial qui s'abat sur une région habituée à des conditions beaucoup plus douces.

Pourquoi les oliviers ont-ils autant souffert ?

L'olivier est parfaitement adapté au climat méditerranéen : des étés chauds et secs et des hivers généralement relativement doux.

Il peut supporter le froid, mais seulement jusqu'à un certain point.

France Olive indique qu'autour de -17 à -18 °C, les températures peuvent devenir létales pour un olivier adulte, tout en précisant que l'ampleur des dégâts dépend également de la manière dont le froid s'installe et surtout de sa durée.

En 1956, plusieurs facteurs se combinent : la douceur précédant l'épisode, la chute extrêmement rapide des températures, le froid durable, la neige et le mistral.

Dans de nombreuses oliveraies, les dégâts sont considérables.

Les branches éclatent ou meurent, les parties aériennes des arbres sont détruites et certains oliviers doivent être entièrement arrachés ou rabattus jusqu'à leur souche.

Des millions d'oliviers détruits

À l'échelle du Sud de la France, le bilan est immense.

Les archives de l'INA évoquent environ six millions d'oliviers détruits par le gel de 1956. L'événement modifie durablement les anciens vergers provençaux et contribue au recul de l'olivier au profit d'autres cultures, notamment la vigne.

Certaines régions sont particulièrement touchées.

Dans le bassin d'Aix-en-Provence, les données reprises par le ministère de l'Agriculture indiquent que le canton de Salon-de-Provence perd environ 54 % de ses arbres, tandis que celui de Berre en perd environ 60 %.

Pour de nombreuses familles d'oléiculteurs, il ne s'agit donc pas seulement d'une catastrophe naturelle.

C'est également une catastrophe économique et agricole.

Des arbres cultivés parfois depuis plusieurs générations disparaissent en quelques semaines.

La Provence change de visage

Après le gel, il faut décider quoi faire de ces oliveraies ravagées.

Certains arbres sont arrachés.

D'autres sont sévèrement coupés afin d'essayer de repartir depuis leur souche : une technique appelée recépage.

Dans la vallée des Baux-de-Provence, par exemple, une grande partie des arbres détruits en surface a été systématiquement recépée. Cette reconstruction a même contribué à modifier durablement la silhouette des oliveraies et le paysage que nous connaissons aujourd'hui.

L'État met également en place des mesures destinées à favoriser la reconstitution des oliveraies. De nouvelles plantations apparaissent et certaines variétés sont introduites lors de cette reconstruction.

Mais l'oliveraie provençale ne retrouvera pas immédiatement l'étendue qu'elle possédait auparavant.

Le Grand Gel de 1956 devient alors une véritable rupture dans l'histoire de l'oléiculture provençale.

Un bois devenu témoin de cette histoire

Près de 70 ans plus tard, cet épisode reste encore profondément ancré dans la mémoire du monde oléicole provençal.

Et certains fragments de cette histoire existent toujours.

Dans notre atelier, nous avons la chance de travailler des morceaux d'olivier provenant d'arbres touchés par le Grand Gel de 1956.

Il est important pour nous d'être précis sur leur histoire : il ne s'agit pas de prétendre qu'il s'agit d'arbres restés debout depuis 1956 jusqu'à aujourd'hui. Ce sont des morceaux provenant d'oliviers gelés à cette époque, dont le bois a été conservé.

Une matière qui aurait pu disparaître devient ainsi, plusieurs décennies plus tard, le point de départ d'une nouvelle création.

Transformer un fragment d'histoire

Lorsque nous recevons ce bois à l'atelier, nous essayons d'en conserver au maximum le caractère.

Chaque morceau est différent.

Certains présentent un veinage particulièrement mouvementé, d'autres des contrastes très importants entre le bois clair et les zones plus sombres. Des fissures ou particularités naturelles peuvent également témoigner de ce bois ancien.

Nous sélectionnons et préparons chaque morceau avant de le tourner progressivement jusqu'à faire apparaître la forme du futur stylo.

Viennent ensuite le ponçage, la personnalisation éventuelle et la finition.

Sur nos modèles bénéficiant de notre finition cyanoacrylate miroir, 14 couches sont appliquées successivement avant un travail de ponçage très fin et de polissage permettant de révéler toute la profondeur du veinage.

Le bois ancien se retrouve ainsi protégé sous une surface brillante et parfaitement lisse.

De l'hiver 1956 à votre main

Un morceau d'olivier.

Un événement qui a profondément marqué la Provence.

Des décennies de conservation.

Puis plusieurs heures de travail dans notre atelier pour lui donner une nouvelle forme.

C'est toute l'idée derrière notre collection Olivier de Provence – Grand Gel de 1956 : ne pas simplement fabriquer un bel instrument d'écriture, mais faire continuer l'histoire d'une matière qui aurait pu disparaître.

Découvrez les stylos issus du Grand Gel de 1956

Chaque pièce possède son propre veinage, sa propre personnalité et une histoire commencée bien avant sa fabrication.

Découvrir la collection Olivier 1956